{"id":1354,"date":"2005-05-26T11:17:20","date_gmt":"2005-05-26T15:17:20","guid":{"rendered":""},"modified":"2006-06-01T22:35:54","modified_gmt":"2006-06-01T20:35:54","slug":"la-liberte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pageliberale.org\/?p=1354","title":{"rendered":"La libert\u00c3\u00a9"},"content":{"rendered":"<p>Un journaliste du journal \u00ab\u00a0Lib\u00c3\u00a9ration\u00a0\u00bb concluait hier ou avant-hier un article intitul\u00c3\u00a9 \u00ab\u00a0Le non l&#8217;emporte chez les ultras ultralib\u00c3\u00a9raux\u00a0\u00bb(1) en \u00c3\u00a9crivant:<br \/>\n\u00ab\u00a0Selon le pointage effectu\u00c3\u00a9 par Alain Madelin, une grosse moiti\u00c3\u00a9 de son \u00c3\u00a9lectorat (un million de voix \u00c3\u00a0 la pr\u00c3\u00a9sidentielle de 2002) devrait quand m\u00c3\u00aame approuver le projet de Constitution. Les autres, fanas du march\u00c3\u00a9, se retrouveront dans le camp du non. Avec leurs pires adversaires.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Auparavant, il avait pr\u00c3\u00a9sent\u00c3\u00a9 une stigmatisation de l&rsquo;avant-dernier \u00c3\u00a9ditorial de Jacques Garello dans \u00ab\u00a0La Nouvelle Lettre\u00a0\u00bb, qui commen\u00c3\u00a7ait par ces termes :<br \/>\n\u00ab\u00a0Jacques Garello, professeur d&rsquo;\u00c3\u00a9conomie de l&rsquo;universit\u00c3\u00a9 d&rsquo;Aix-en-Provence, fait partie de ces lib\u00c3\u00a9raux antitrait\u00c3\u00a9. Le pr\u00c3\u00a9sident de la tr\u00c3\u00a8s lib\u00c3\u00a9rale Association pour la libert\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a9conomique et le progr\u00c3\u00a8s social (Aleps) se dit pr\u00c3\u00aat \u00c3\u00a0 provoquer un \u00c2\u00abs\u00c3\u00a9isme\u00c2\u00bb en votant non.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cela m\u00c3\u00a9rite commentaire.<\/p>\n<p> Faisons appel \u00c3\u00a0 Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric Bastiat (janvier 1848) pour r\u00c3\u00a9pondre \u00c3\u00a0 ce journaliste dont l&rsquo;inculture rivalise avec l&rsquo;imposture, voire l&rsquo;esclavage.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Puisque j&rsquo;ai parl\u00c3\u00a9 de Rousseau, je me permettrai de faire ici quelques r\u00c3\u00a9flexions sur cet <i>organisateur<\/i>, d&rsquo;autant qu&rsquo;elles serviront \u00c3\u00a0 faire comprendre en quoi les organisations artificielles diff\u00c3\u00a8rent de l&rsquo;organisation naturelle. Cette digression n&rsquo;est pas d&rsquo;ailleurs tout \u00c3\u00a0 fait intempestive, puisque, depuis quelque temps, on signale le <i>Contrat social <\/i> comme l&rsquo;oracle de l&rsquo;avenir(a). <\/p>\n<p>Rousseau \u00c3\u00a9tait convaincu que l&rsquo;isolement \u00c3\u00a9tait <i>l&rsquo;\u00c3\u00a9tat de nature <\/i> de l&rsquo;homme, et que, par cons\u00c3\u00a9quent, la <i>soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 <\/i> \u00c3\u00a9tait d&rsquo;invention humaine. \u00c2\u00ab <i>L&rsquo;ordre social<\/i>, dit-il en d\u00c3\u00a9butant, <i>ne vient pas de la nature<\/i>; il est donc fond\u00c3\u00a9 sur des conventions. \u00c2\u00bb<br \/>\nEn outre, ce philosophe, quoique aimant avec passion la libert\u00c3\u00a9, avait une triste opinion des hommes. Il les croyait tout \u00c3\u00a0 fait incapables de se donner une bonne institution. L&rsquo;intervention d&rsquo;un fondateur, d&rsquo;un l\u00c3\u00a9gislateur, d&rsquo;un p\u00c3\u00a8re des nations, \u00c3\u00a9tait donc indispensable.<br \/>\n\u00c2\u00ab Le peuple soumis aux lois, dit-il, en doit \u00c3\u00aatre l&rsquo;auteur. Il n&rsquo;appartient qu&rsquo;\u00c3\u00a0 ceux qui s&rsquo;associent de r\u00c3\u00a9gler les conditions de la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9; mais comment les r\u00c3\u00a9gleront-ils? Sera-ce d&rsquo;un commun accord, par une inspiration subite? Comment une multitude aveugle, qui souvent ne sait ce qu&rsquo;elle veut, parce que rarement elle sait ce qui lui est bon, ex\u00c3\u00a9cuterait-elle d&rsquo;elle-m\u00c3\u00aame une entreprise aussi grande, aussi difficile qu&rsquo;un syst\u00c3\u00a8me de l\u00c3\u00a9gislation?&#8230; Les particuliers voient le bien qu&rsquo;ils rejettent, le public veut le bien qu&rsquo;il ne voit pas; tout ont \u00c3\u00a9galement besoin de guides&#8230; Voil\u00c3\u00a0 d&rsquo;o\u00c3\u00b9 na\u00c3\u00aet la n\u00c3\u00a9cessit\u00c3\u00a9 d&rsquo;un l\u00c3\u00a9gislateur. \u00c2\u00bb<br \/>\nCe l\u00c3\u00a9gislateur, on l&rsquo;a d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 vu, \u00c2\u00ab ne pouvant employer ni la force ni le raisonnement, c&rsquo;est une n\u00c3\u00a9cessit\u00c3\u00a9 qu&rsquo;il recoure \u00c3\u00a0 une autorit\u00c3\u00a9 d&rsquo;un autre ordre, \u00c2\u00bb c&rsquo;est-\u00c3\u00a0-dire, en bon fran\u00c3\u00a7ais, \u00c3\u00a0 la fourberie.<br \/>\nRien ne peut donner une id\u00c3\u00a9e de l&rsquo;immense hauteur au-dessus des autres hommes o\u00c3\u00b9 Rousseau place son l\u00c3\u00a9gislateur:<br \/>\n\u00c2\u00ab Il faudrait des dieux pour donner des lois aux hommes&#8230; Celui qui ose entreprendre d&rsquo;instituer un peuple doit se sentir en \u00c3\u00a9tat de changer, pour, ainsi dire, la nature humaine&#8230;, d&rsquo;alt\u00c3\u00a9rer la constitution de l&rsquo;homme pour le renforcer&#8230; Il faut qu&rsquo;il \u00c3\u00b4te \u00c3\u00a0 l&rsquo;homme ses propres forces pour lui en donner qui lui soient \u00c3\u00a9trang\u00c3\u00a8res&#8230; Le l\u00c3\u00a9gislateur est, \u00c3\u00a0 tous \u00c3\u00a9gards, un homme extraordinaire dans l&rsquo;\u00c3\u2030tat;&#8230; son emploi est une fonction particuli\u00c3\u00a8re et sup\u00c3\u00a9rieure, qui n&rsquo;a rien de commun avec l&#8217;empire humain&#8230; S&rsquo;il est vrai qu&rsquo;un grand prince est un homme rare, que sera-ce d&rsquo;un grand l\u00c3\u00a9gislateur? Le premier n&rsquo;a qu&rsquo;\u00c3\u00a0 suivre le mod\u00c3\u00a8le que l&rsquo;autre doit lui proposer. Celui-ci est le m\u00c3\u00a9canicien qui invente la machine; celui-l\u00c3\u00a0 n&rsquo;est que l&rsquo;ouvrier qui la monte et la fait marcher. \u00c2\u00bb<\/p>\n<p>Et qu&rsquo;est donc l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9 dans tout cela? La vile mati\u00c3\u00a8re dont la machine est compos\u00c3\u00a9e.<br \/>\nEn v\u00c3\u00a9rit\u00c3\u00a9, n&rsquo;est-ce pas l\u00c3\u00a0 l&rsquo;orgueil port\u00c3\u00a9 jusqu&rsquo;au d\u00c3\u00a9lire? Ainsi les hommes sont les mat\u00c3\u00a9riaux d&rsquo;une machine que le prince fait marcher; le l\u00c3\u00a9gislateur en propose le mod\u00c3\u00a8le; et le philosophe r\u00c3\u00a9gente le l\u00c3\u00a9gislateur, se pla\u00c3\u00a7ant ainsi \u00c3\u00a0 une distance incommensurable du vulgaire, du prince et du l\u00c3\u00a9gislateur lui-m\u00c3\u00aame: il plane sur le genre humain, le meut, le transforme, le p\u00c3\u00a9trit, ou plut\u00c3\u00b4t enseigne aux P\u00c3\u00a8res des nations comment il faut s&rsquo;y prendre.<br \/>\nCependant le fondateur d&rsquo;un peuple doit se proposer un but. Il a de la mati\u00c3\u00a8re humaine \u00c3\u00a0 mettre en \u00c2\u0153uvre, et il faut bien qu&rsquo;il l&rsquo;ordonne \u00c3\u00a0 une fin. Comme les hommes sont d\u00c3\u00a9pourvus d&rsquo;initiative, et que tout d\u00c3\u00a9pend du l\u00c3\u00a9gislateur, celui-ci d\u00c3\u00a9cidera si un peuple doit \u00c3\u00aatre ou commer\u00c3\u00a7ant, ou agriculteur, ou barbare et ichthyophage, etc.; mais il est \u00c3\u00a0 d\u00c3\u00a9sirer que le l\u00c3\u00a9gislateur ne se trompe pas et ne fasse pas trop violence \u00c3\u00a0 la nature des choses. <\/p>\n<p>Les hommes, en <i>convenant <\/i> de s&rsquo;associer, ou plut\u00c3\u00b4t en s&rsquo;associant par la volont\u00c3\u00a9 du l\u00c3\u00a9gislateur, ont donc un but tr\u00c3\u00a8s pr\u00c3\u00a9cis. \u00c2\u00ab C&rsquo;est ainsi, dit Rousseau, que les H\u00c3\u00a9breux et r\u00c3\u00a9cemment les Arabes ont eu pour principal objet la religion; les Ath\u00c3\u00a9niens, les lettres; Carthage et Tyr, le commerce; Rhodes, la marine.; Sparte, la guerre, et Rome, la vertu. \u00c2\u00bb<br \/>\nQuel sera l&rsquo;objet qui nous d\u00c3\u00a9cidera, nous Fran\u00c3\u00a7ais, \u00c3\u00a0 sortir de l&rsquo;isolement ou de l&rsquo;\u00c3\u00a9tat de nature pour former une soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9? Ou plut\u00c3\u00b4t (car nous ne sommes que la mati\u00c3\u00a8re inerte, les mat\u00c3\u00a9riaux de la machine), vers quel objet nous dirigera notre grand <i>Instituteur<\/i>? <\/p>\n<p>Dans les id\u00c3\u00a9es de Rousseau, ce ne pouvait gu\u00c3\u00a8re \u00c3\u00aatre ni les lettres, ni le commerce, ni la marine. La guerre est un plus noble but, et la vertu un but plus noble encore. Cependant il y en a un tr\u00c3\u00a8s sup\u00c3\u00a9rieur. Ce qui doit \u00c3\u00aatre la fin de tout syst\u00c3\u00a8me de l\u00c3\u00a9gislation, \u00c2\u00ab c&rsquo;est la <i>libert\u00c3\u00a9 et l&rsquo;\u00c3\u00a9galit\u00c3\u00a9<\/i> \u00c2\u00bb.<br \/>\nMais il faut savoir ce que Rousseau entendait par la libert\u00c3\u00a9. Jouir de la libert\u00c3\u00a9, selon lui, ce n&rsquo;est pas \u00c3\u00aatre libre, c&rsquo;est <i>donner son suffrage<\/i>, alors m\u00c3\u00aame qu&rsquo;on serait \u00c2\u00ab entra\u00c3\u00aen\u00c3\u00a9 sans violence, et persuad\u00c3\u00a9 sans \u00c3\u00aatre convaincu, \u00c2\u00bb car alors \u00c2\u00ab on ob\u00c3\u00a9it avec libert\u00c3\u00a9 et l&rsquo;on porte docilement le joug de la f\u00c3\u00a9licit\u00c3\u00a9 publique. \u00c2\u00bb <\/p>\n<p>\u00c2\u00ab Chez les Grecs, dit-il, tout ce que le peuple avait \u00c3\u00a0 faire, il le faisait par lui-m\u00c3\u00aame; il \u00c3\u00a9tait sans cesse assembl\u00c3\u00a9 sur la place, il habitait un climat doux, il n&rsquo;\u00c3\u00a9tait point avide, <i>des esclaves faisaient tous ses travaux, sa grande affaire \u00c3\u00a9tait sa libert\u00c3\u00a9.<\/i> \u00c2\u00bb<\/p>\n<p>\u00c2\u00ab Le peuple anglais, dit-il ailleurs, croit \u00c3\u00aatre libre; il se trompe fort. Il ne l&rsquo;est que durant l&rsquo;\u00c3\u00a9lection des membres du parlement; sit\u00c3\u00b4t qu&rsquo;ils sont \u00c3\u00a9lus, il est esclave, il n&rsquo;est rien. \u00c2\u00bb<\/p>\n<p>Le peuple doit donc faire par lui-m\u00c3\u00aame tout ce qui est service public, s&rsquo;il veut \u00c3\u00aatre libre, car c&rsquo;est en cela que consiste la libert\u00c3\u00a9. Il doit toujours nommer, toujours \u00c3\u00aatre sur la place publique. Malheur \u00c3\u00a0 lui, s&rsquo;il songe \u00c3\u00a0 travailler pour vivre! Sit\u00c3\u00b4t qu&rsquo;un seul citoyen s&rsquo;avise de soigner ses propres affaires, \u00c3\u00a0 l&rsquo;instant (c&rsquo;est une locution que Rousseau aime beaucoup) tout est perdu.<br \/>\nMais, certes, la difficult\u00c3\u00a9 n&rsquo;est pas petite. Comment faire? Car enfin, m\u00c3\u00aame pour pratiquer la vertu, m\u00c3\u00aame pour exercer la libert\u00c3\u00a9, encore faut-il vivre. <\/p>\n<p>On a vu tout \u00c3\u00a0 l&rsquo;heure sous quelle enveloppe oratoire Rousseau avait cach\u00c3\u00a9 le mot imposture. On va le voir maintenant recourir \u00c3\u00a0 un trait d&rsquo;\u00c3\u00a9loquence pour faire passer la conclusion de tout son livre, l&rsquo;esclavage. <\/p>\n<p>\u00c2\u00ab Vos durs climats vous donnent des besoins, six mois de l&rsquo;ann\u00c3\u00a9e la place publique n&rsquo;est pas tenable; vos langues sourdes ne peuvent se faire entendre en plein air, et vous craignez bien moins l&rsquo;esclavage que la mis\u00c3\u00a8re. \u00c2\u00bb<br \/>\n\u00c2\u00ab Vous voyez bien que vous ne pouvez \u00c3\u00aatre libres. \u00c2\u00bb<br \/>\n\u00c2\u00ab Quoi! la libert\u00c3\u00a9 ne se maintient qu&rsquo;\u00c3\u00a0 l&rsquo;appui de la servitude? Peut-\u00c3\u00aatre. \u00c2\u00bb<br \/>\nSi Rousseau s&rsquo;\u00c3\u00a9tait arr\u00c3\u00aat\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 ce mot affreux, le lecteur e\u00c3\u00bbt \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 r\u00c3\u00a9volt\u00c3\u00a9. Il fallait recourir aux d\u00c3\u00a9clamations imposantes. Rousseau n&rsquo;y manque pas.<br \/>\n\u00c2\u00ab Tout ce qui n&rsquo;est point dans la nature (c&rsquo;est de la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit) a ses inconv\u00c3\u00a9nients, et la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 civile plus que tout le reste. Il y a des positions malheureuses o\u00c3\u00b9 l&rsquo;on ne peut conserver sa libert\u00c3\u00a9 qu&rsquo;aux d\u00c3\u00a9pens de celle d&rsquo;autrui, et o\u00c3\u00b9 le citoyen ne peut \u00c3\u00aatre parfaitement libre que l&rsquo;esclave ne soit extr\u00c3\u00aamement esclave. Pour vous, peuples modernes, vous n&rsquo;avez point d&rsquo;esclaves, mais vous l&rsquo;\u00c3\u00aates; vous payez leur libert\u00c3\u00a9 de la v\u00c3\u00b4tre&#8230; Vous avez beau vanter cette pr\u00c3\u00a9f\u00c3\u00a9rence, j&rsquo;y trouve plus de l\u00c3\u00a2chet\u00c3\u00a9 que d&rsquo;humanit\u00c3\u00a9. \u00c2\u00bb<\/p>\n<p>Je le demande, cela ne veut-il pas dire: Peuples modernes, vous feriez bien mieux de n&rsquo;\u00c3\u00aatre pas esclaves et d&rsquo;en avoir.<br \/>\nQue le lecteur veuille bien excuser cette longue digression, j&rsquo;ai cru qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00c3\u00a9tait pas inutile. Depuis quelque temps, on nous repr\u00c3\u00a9sente Rousseau et ses disciples de la Convention comme les ap\u00c3\u00b4tres de la fraternit\u00c3\u00a9 humaine. \u00c2\u2014 Des hommes pour mat\u00c3\u00a9riaux, un prince pour m\u00c3\u00a9canicien, un p\u00c3\u00a8re des nations pour inventeur, un philosophe par-dessus tout cela, l&rsquo;imposture pour moyen, l&rsquo;esclavage pour r\u00c3\u00a9sultat; est-ce donc l\u00c3\u00a0 la fraternit\u00c3\u00a9 qu&rsquo;on nous promet? <\/p>\n<p>Il m&rsquo;a sembl\u00c3\u00a9 aussi que cette \u00c3\u00a9tude du Contrat social \u00c3\u00a9tait propre \u00c3\u00a0 faire voir ce qui caract\u00c3\u00a9rise les organisations sociales artificielles.<br \/>\nPartir de cette id\u00c3\u00a9e que la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 est un \u00c3\u00a9tat contre nature; chercher les combinaisons auxquelles on pourrait soumettre l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9; perdre de vue qu&rsquo;elle a son mobile en elle-m\u00c3\u00aame; consid\u00c3\u00a9rer les hommes comme de vils mat\u00c3\u00a9riaux; aspirer \u00c3\u00a0 leur donner le mouvement et la volont\u00c3\u00a9, le sentiment et la vie; se placer ainsi \u00c3\u00a0 une hauteur incommensurable au-dessus du genre humain: voil\u00c3\u00a0 les traits communs \u00c3\u00a0 tous les inventeurs d&rsquo;organisations sociales. Les inventions diff\u00c3\u00a8rent, les inventeurs se ressemblent. <\/p>\n<p>Parmi les arrangements nouveaux auxquels les faibles humains sont convi\u00c3\u00a9s, il en est un qui se pr\u00c3\u00a9sente en termes qui le rendent digne d&rsquo;attention. Sa formule est: <i>Association progressive et volontaire<\/i>. <\/p>\n<p>Mais <i>l&rsquo;\u00c3\u00a9conomie politique <\/i> est pr\u00c3\u00a9cis\u00c3\u00a9ment fond\u00c3\u00a9e sur cette donn\u00c3\u00a9e, que soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 n&rsquo;est autre chose qu&rsquo;association (ainsi que ces trois mots le disent), association fort imparfaite d&rsquo;abord, parce que l&rsquo;homme est imparfait, mais se perfectionnant avec lui, c&rsquo;est-\u00c3\u00a0-dire progressive. Veut-on parler d&rsquo;une association plus \u00c3\u00a9troite entre le travail, le capital et le talent, d&rsquo;o\u00c3\u00b9 doivent r\u00c3\u00a9sulter pour les membres de la famille humaine plus de bien et un bien-\u00c3\u00aatre mieux r\u00c3\u00a9parti? \u00c3\u20ac la condition que ces associations soient volontaires; que la force et la contrainte n&rsquo;interviennent pas; que les associ\u00c3\u00a9s n&rsquo;aient pas la pr\u00c3\u00a9tention de faire supporter les frais de leur \u00c3\u00a9tablissement par ceux qui refusent d&rsquo;y entrer, en quoi r\u00c3\u00a9pugnent-elles \u00c3\u00a0 l&rsquo;\u00c3\u00a9conomie politique? Est-ce que l&rsquo;\u00c3\u00a9conomie politique, comme science, n&rsquo;est pas tenue d&rsquo;examiner les formes diverses par lesquelles il pla\u00c3\u00aet aux hommes d&rsquo;unir leurs forces et de se partager les occupations, en vue d&rsquo;un bien-\u00c3\u00aatre plus grand et mieux r\u00c3\u00a9parti? Est-ce que le commerce ne nous donne pas fr\u00c3\u00a9quemment l&rsquo;exemple de deux, trois, quatre personnes formant entre elles des associations? Est-ce que le m\u00c3\u00a9tayage n&rsquo;est pas une sorte d&rsquo;association informe, si l&rsquo;on veut, du capital et du travail? Est-ce que nous n&rsquo;avons pas vu, dans ces derniers temps, se produire les compagnies par actions, qui donnent au plus petit capital le pouvoir de prendre part aux plus grandes entreprises? Est-ce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas \u00c3\u00a0 la surface du pays quelques fabriques o\u00c3\u00b9 l&rsquo;on essaye d&rsquo;associer tous les co-travailleurs aux r\u00c3\u00a9sultats? Est-ce que l&rsquo;\u00c3\u00a9conomie politique condamne ces essais et les efforts que font les hommes pour tirer un meilleur parti de leurs forces? Est-ce qu&rsquo;elle a affirm\u00c3\u00a9 quelque part que l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9 a dit son dernier mot? C&rsquo;est tout le contraire, et je crois qu&rsquo;il n&rsquo;est aucune science qui d\u00c3\u00a9montre plus clairement que la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 est dans l&rsquo;enfance. <\/p>\n<p>Mais, quelques esp\u00c3\u00a9rances que l&rsquo;on con\u00c3\u00a7oive pour l&rsquo;avenir, quelques id\u00c3\u00a9es que l&rsquo;on se fasse des formes que l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9 pourra trouver pour le perfectionnement de ses relations et la diffusion du bien-\u00c3\u00aatre, des connaissances et de la moralit\u00c3\u00a9, il faut pourtant bien reconna\u00c3\u00aetre que la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 est une organisation qui a pour \u00c3\u00a9l\u00c3\u00a9ment un agent intelligent, moral, dou\u00c3\u00a9 de libre arbitre et perfectible. Si vous en \u00c3\u00b4tez la libert\u00c3\u00a9, ce n&rsquo;est plus qu&rsquo;un triste et grossier m\u00c3\u00a9canisme.<br \/>\nLa libert\u00c3\u00a9! il semble qu&rsquo;on n&rsquo;en veuille pas de nos jours. Sur cette terre de France, empire privil\u00c3\u00a9gi\u00c3\u00a9 de la mode, il semble que la libert\u00c3\u00a9 ne soit plus de mise. Et moi, je dis: Quiconque repousse la libert\u00c3\u00a9 n&rsquo;a pas foi dans l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9. On pr\u00c3\u00a9tend avoir fait r\u00c3\u00a9cemment cette d\u00c3\u00a9solante d\u00c3\u00a9couverte que la libert\u00c3\u00a9 conduit fatalement au monopole2. Non, cet encha\u00c3\u00aenement monstrueux, cet accouplement contre nature n&rsquo;existe pas; il est le fruit imaginaire d&rsquo;une erreur qui se dissipe bient\u00c3\u00b4t au flambeau de l&rsquo;\u00c3\u00a9conomie politique. La libert\u00c3\u00a9 engendrer le monopole! L&rsquo;oppression na\u00c3\u00aetre naturellement de la libert\u00c3\u00a9! mais prenons-y garde, affirmer cela, c&rsquo;est affirmer que les tendances de l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9 sont radicalement mauvaises, mauvaises en elles-m\u00c3\u00aames, mauvaises par nature, mauvaises par essence; c&rsquo;est affirmer que la pente naturelle de l&rsquo;homme est vers sa d\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9rioration, et l&rsquo;attrait irr\u00c3\u00a9sistible de l&rsquo;esprit vers l&rsquo;erreur. Mais alors \u00c3\u00a0 quoi bon nos \u00c3\u00a9coles, nos \u00c3\u00a9tudes, nos recherches, nos discussions, sinon \u00c3\u00a0 nous imprimer une impulsion plus rapide sur cette pente fatale, puisque, pour l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9, apprendre \u00c3\u00a0 choisir, c&rsquo;est apprendre \u00c3\u00a0 se suicider? Et, si les tendances de l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9 sont essentiellement perverses, o\u00c3\u00b9 donc, pour les changer, les organisateurs chercheront-ils leur point d&rsquo;appui! <\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00c3\u00a8s les pr\u00c3\u00a9misses, ce point d&rsquo;appui devrait \u00c3\u00aatre plac\u00c3\u00a9 en dehors de l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9. Le chercheront-ils en eux-m\u00c3\u00aames, dans leur intelligence, dans leur c\u00c2\u0153ur? mais ils ne sont pas des dieux encore; ils sont hommes aussi, et par cons\u00c3\u00a9quent pouss\u00c3\u00a9s avec l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9 toute enti\u00c3\u00a8re vers le fatal ab\u00c3\u00aeme. Invoqueront-ils l&rsquo;intervention de l&rsquo;\u00c3\u2030tat? Mais l&rsquo;\u00c3\u2030tat est compos\u00c3\u00a9 d&rsquo;hommes; et il faudrait prouver que ces hommes forment une classe \u00c3\u00a0 part, pour qui les lois g\u00c3\u00a9n\u00c3\u00a9rales de la soci\u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9 ne sont pas faites, puisque c&rsquo;est eux qu&rsquo;on charge de faire ces lois. Sans cette preuve, la difficult\u00c3\u00a9 n&rsquo;est pas m\u00c3\u00aame recul\u00c3\u00a9e. <\/p>\n<p>Ne condamnons pas ainsi l&rsquo;humanit\u00c3\u00a9 avant d&rsquo;en avoir \u00c3\u00a9tudi\u00c3\u00a9 les lois, les forces, les \u00c3\u00a9nergies, les tendances. Depuis qu&rsquo;il eut reconnu l&rsquo;attraction, Newton ne pronon\u00c3\u00a7ait plus le nom de Dieu sans se d\u00c3\u00a9couvrir. Autant l&rsquo;intelligence est au-dessus de la mati\u00c3\u00a8re, autant le monde social est au-dessus de celui qu&rsquo;admirait Newton: car la m\u00c3\u00a9canique c\u00c3\u00a9leste ob\u00c3\u00a9it \u00c3\u00a0 des lois dont elle n&rsquo;a pas la conscience. <\/p>\n<p>Combien plus de raison aurons-nous de nous incliner devant la Sagesse \u00c3\u00a9ternelle, \u00c3\u00a0 l&rsquo;aspect de la m\u00c3\u00a9canique sociale, o\u00c3\u00b9 vit aussi la pens\u00c3\u00a9e universelle, <i>mens agitat molem<\/i>, mais qui pr\u00c3\u00a9sente de plus ce ph\u00c3\u00a9nom\u00c3\u00a8ne extraordinaire que chaque atome est un \u00c3\u00aatre anim\u00c3\u00a9, pensant, dou\u00c3\u00a9 de cette \u00c3\u00a9nergie merveilleuse, de ce principe de toute moralit\u00c3\u00a9, de toute dignit\u00c3\u00a9, de tout progr\u00c3\u00a8s, attribut exclusif de l&rsquo;homme, \u00c2\u2014 <b>la Libert\u00c3\u00a9<\/b>! \u00a0\u00bb<\/p>\n<p><i>Vae victis referendo <\/i><br \/>\n a) Le contrat social reste en 2005 l&rsquo;oracle de l&rsquo;avenir qui fait confondre au journaliste le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb des socialo-communistes esclavagistes et le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb de Jacques Garello.  Et cette pr\u00c3\u00a9diction fait partie des rares que s&rsquo;est permis Fr\u00c3\u00a9d\u00c3\u00a9ric Bastiat dans son oeuvre.  Et elle s&rsquo;av\u00c3\u00a8re exacte tout comme le sont, d&rsquo;une part, sa pr\u00c3\u00a9diction sur l&rsquo;organisation de la s\u00c3\u00a9curit\u00c3\u00a9 sociale obligatoire et les cons\u00c3\u00a9quences d\u00c3\u00a9sastreuses de celle-ci et, d&rsquo;autre part, sa pr\u00c3\u00a9diction sur la mont\u00c3\u00a9e de l&rsquo;esclavagisme socialo-communiste jusqu&rsquo;\u00c3\u00a0 aujourd&rsquo;hui inclus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vae victis referendo <\/p>\n","protected":false},"author":19,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-1354","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-etat-mondial"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1354","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1354"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1354\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1354"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1354"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pageliberale.org\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1354"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}