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Rideau Rouge n°2

Puisqu’Eric ABC s’est chargé de commenter l’émission Rideau Rouge consacrée à la survivance du communisme, voici une revue de la bibliographie employée pour l’émission. Le communisme a de beaux jours devant lui semble-t-il. « Politique à tous les étages« , Patrick Braouezec (invité de Rideau Rouge), éd. La Découverte, 2004.

Quatrième de couverture : « Où en est la gauche française ? Pourquoi semble-t-elle incapable d’analyser les mouvements de fond qui l’ont une nouvelle fois conduite à l’échec ? Comment expliquer le décalage constant depuis vingt ans entre la pratique gouvernementale de la gauche et les aspirations des couches populaires qu’elle prétend représenter ? Quelles sont les racines de la crise de la représentation politique ? Quelles leçons tirer de l’émergence du mouvement altermondialiste ? Le député-maire de Saint-Denis, Patrick Braouezec aborde ces questions à partir de son expérience à la tête d’une grande ville populaire emblématique, et de son implication dans le mouvement des forums sociaux… »

Le titre aurait pu être celui d’un article sur la Page Libérale, tellement il est symptomatique de la société française. Quant à ses interrogations sur l’écart entre le discours et la pratique de la gauche, moi je ne le vois pas: ils font bien les conneries qu’ils prétendent faire.

« Lénine 1870 – 1924« , Jean-Jacques Marie (invité de Rideau Rouge), éd. Balland, 2004.

Quatrième de couverture : « Hier, ses écrits connaissaient, dans le monde, des tirages supérieurs à ceux de la Bible ; ils sont devenus quasiment introuvables. En 1970, l’UNESCO organisait un colloque mondial pour le centième anniversaire de sa naissance ; aujourd’hui, Lénine est couvert de boue par ceux-là même qui l’idolâtraient : l’ancien chef-adjoint de la direction politique des forces armées soviétiques, pour n’en citer qu’un, l’accuse, désormais, d’avoir  » déchaîné l’Antéchrist sur les espaces de la Russie ». […] Pour comprendre cet homme, qui a marqué de son empreinte le XXe siècle, et son histoire, inséparable du séisme qui a secoué la planète en 1914, il fallait aller au-delà des légendes et des jugements moraux ou moralisateurs ; au-delà des passions. Mais il fallait, encore, reprendre une à une toutes les étapes de sa vie à la lumière des informations révélées par les archives soviétiques momentanément ouvertes, en 1989, avant d’être, pour certaines, remises sous le boisseau. Ni hagiographie, ni réquisitoire, cette nouvelle biographie de Lénine peut être lue comme définitive. »

La phrase clé: il fallait aller au-delà des légendes et des jugements moraux ou moralisateurs ; au-delà des passions.
Il ne faut pas juger Lénine ? Lui qui a monté avec son pote Trotsky tout l’attirail répressif que Staline a perfectionné ? On est en plein délire. Remplacez « Lénine » par « Hitler » et imaginez le tollé!

« Vingt ans et un jour« , Jorge Semprun, éd. Gallimard, 2004.

Quatrième de couverture : « Vingt ans et un jour, c’est la peine que la justice franquiste réservait aux dirigeants politiques de l’opposition clandestine. Jorge Semprun nous offre, sous ce titre, le portrait intime d’une Espagne toujours meurtrie par la guerre mais qui rêve d’avenir et de réconciliation. Plusieurs récits – plusieurs histoires – conduiront le lecteur à l’intérieur d’une surprenante nébuleuse romanesque et théâtrale où les apparences sont toujours trompeuses et où le narrateur même s’avance masqué

Ne jamais oublier de rappeler les crimes fascistes dès lors qu’on parle du communisme.

« Le communisme est un bon parti« , Roger Martelli, éd. La Dispute, coll. Comptoir de la politique, 2003.

Quatrième de couverture : « Un parti communiste a-t-il encore un avenir ? Oui, affirme ce livre. A condition de faire le « pari du communisme » : retour aux valeurs originelles et construction originale ancrée dans le vingt-et-unième siècle, frayant les voies d’un « nouveau monde possible ». Roger Martelli puise sa réflexion dans sa double expérience d’historien et de responsable politique – il est aujourd’hui directeur du mensuel communiste Regards. Son essai, alliant la critique historique à la prospective politique, élargit la compréhension du déclin du communisme politique en le rattachant à l’impuissance de la gauche face au capitalisme néolibéral. Sous cet éclairage, c’est une autre configuration de la démocratie, des luttes politiques, des rassemblements possibles et de leurs objectifs qui émerge. « La grande bifurcation » proposée ici – changer le communisme pour changer le monde – concerne les communistes, avec ou sans carte. Elle intéresse en même temps tous ceux qui veulent un monde vivable, ici, en Europe et ailleurs. »

Oui, le communisme a un avenir! Au moins c’est clair. Comme pour le SIDA, je ferai tout pour que cet avenir ne passe pas par moi. Je n’ai pas envie que la « reconfiguration démocratique » s’intéresse à moi.

« Communistes contre Staline« , Pierre Broué, éd. Fayard, 2003.

Quatrième de couverture : « Ils étaient quelques milliers quand ils s’organisèrent en opposition au sein du PC de l’URSS, en 1923. On en fusillait à la mitrailleuse des milliers encore en 1937 et 1938, dans les prisons puis les camps ; des jeunes gens avaient remplacé les vieux bolcheviks assassinés. On les appela « oppositionnels », « bolcheviks-léninistes », « trotskystes », noms qu’ils n’avaient pas choisis mais qu’ils acceptèrent par défi. Ils ont lutté pendant quinze ans, sans jamais s’avouer battus. Exclus du parti, chassés de leur travail, exilés, « déportés ». Vieilles prisons, isolateurs, camps ont entendu leurs débats et leurs chants ; ils défendaient l’idée lumineuse d’un communisme fraternel contre la brutalité et l’inculture staliniennes. À la fin, il ne restait que quelques anciens, le gros était formé de jeunes. En 1932, ils ont rallié autour d’eux tous les autres opposants communistes. Il ne restait plus à Staline qu’à les massacrer jusqu’au dernier dans des camps spéciaux consciemment copiés sur le modèle hitlérien. Cette histoire n’est pas celle d’une lutte politique comme les autres, car il ne fait pas de doute qu’il y a eu des bourreaux et des victimes, et que rien n’autorise l’historien à les renvoyer dos à dos. Méthodiquement étudié comme c’est le cas ici, cet aspect de la terreur stalinienne conduit à revoir l’histoire de l’URSS telle qu’on l’a écrite depuis plus de cinquante ans. »

Un livre de réhabilitation des trotskistes, perdants de la lutte de pouvoir contre Staline. Trotsky est le créateur de l’armée rouge, a ouvert les camps avec Lénine, mais chut, tout ça on le passe sous silence. Le trotskisme est pur.
Petit révisionnisme au passage: En 1932, ils ont rallié autour d’eux tous les autres opposants communistes. Il ne restait plus à Staline qu’à les massacrer jusqu’au dernier dans des camps spéciaux consciemment copiés sur le modèle hitlérien. Les camps de concentration soviétiques existaient depuis 1919, mais Staline les a « copiés » sur Hitler.
Petite pique au passage envers Stéphane Courtois, du Livre Noir du communisme, avec cette phrase: « Cette histoire n’est pas celle d’une lutte politique comme les autres, car il ne fait pas de doute qu’il y a eu des bourreaux et des victimes, et que rien n’autorise l’historien à les renvoyer dos à dos« . Si vous lisez un jour le Livre Noir du communisme, vous saurez que Trotsky était un assassin de masse de la même façon que Staline et Lénine, et qu’à ce titre son mythe est largement écorné par Stéphane Courtois.

« Cultures communistes au XXème siècle : entre guerre et modernité« , sous la direction de Jean Vigreux et Serge Wolikow, éd. La Dispute, 2003.

Quatrième de couverture : « Une lecture synthétique de l’histoire du communisme est aujourd’hui possible. Cet ouvrage pluridisciplinaire s’attache à deux de ses dimensions essentielles et à leur place dans les cultures communistes : la guerre et la modernité. Quels furent les ressorts de leur influence sur les partis et leurs militants? Comment s’expriment-elles dans la doctrine, les stratégies, les tactiques, l’organisation et les pratiques militantes ? Du communisme de guerre à la guerre froide, en passant par le Mouvement de la paix ou la culture de guerre civile, de la Finlande à la Chine, des sportifs aux paysans, de la formation des cadres communistes à l’exaltation de la cité idéale, en permettant une lecture comparative, dans le temps et l’espace, les travaux ici rassemblés à l’initiative de Jean Vigreux et Serge Wolikow, de l’université de Bourgogne, mettent en perspective une série de questions essentielles – et jusqu’alors négligées – à la compréhension du phénomène communiste du vingtième siècle. »

Ils se posent un tas de questions sur le communisme et oublient de parler de goulag ? Dommage de laisser cet élément pourtant essentiel du communisme de côté.

« Penser avec Marx aujourd’hui« , Lucien Sève, éd. La Dispute, 2004.

Quatrième de couverture : « Penser avec Marx aujourd’hui : projet contradictoire, et cause perdue ? De ce lieu commun Lucien Sève entreprend avec ce Marx et nous une double critique radicale. Si Marx, auteur célèbre, est un penseur foncièrement méconnu, c’est que l’Âœuvre rendant toujours concevable le dépassement du capitalisme n’a cessé d’être maltraitée – exemple, entre autres, chez Luc Ferry, cet omniprésent courtier de la « philosophie de la liberté ». C’est aussi qu’en ses versions si diverses le « marxisme » a desservi cette Âœuvre autant qu’il l’a servie – à preuve la critique approfondie de Marx : celle d’Althusser. Il faut repenser Marx aujourd’hui en pensant aujourd’hui avec Marx. A travers polémiques serrées. témoignages vécus, analyses novatrices à large spectre – philosophique, historique, politique, éthique, esthétique -, ce livre est un manifeste concerté, incisif et chaleureux, pour un nouveau rapport productif à Marx. »

Marx est méconnu, vite il faut s’empresser de rédécouvrir son oeuvre pour « dépasser le capitalisme ». Et si je veux être capitaliste, je peux ou j’ai droit au goulag ?

Je termine par l’un des seuls titres lisible:
« Lettre à Staline« , Fernando Arrabal, éd. Flammarion, 2004.

Quatrième de couverture : « Après sa « Lettre à Franco » (1972) et sa « Lettre à Castro » (1984), Arrabal poursuit sa correspondance avec les tyrans du XXe siècle. Sa Lettre à Staline est allègrement terrifiante et poétiquement réaliste. Il passe en revue tous les aspects méconnus du senor Djougachvili : ses obsessions pédophiles, les femmes de sa vie, sa formation de séminariste, son christianisme latent, ses poèmes de jeunesse, sa passion pour les échecs, ses meurtres, ses camps de concentration, sa paranoïa, sa police secrète, les suicides de ses proches, sa mort suspecte… »

Evidemment en consultant de tels ouvrages on pourrait tirer comme conclusion que: « le passé du communisme a été sanglant, mais d’autres systèmes l’ont aussi été, et ce fut principalement le fait d’un homme, Staline, pervers psychopathe, revenons vers Marx, dont les écrits restent largement incompris, et tournons vers l’altermondialisme, car le néo-capitalisme libéral continue de tuer en masse ».
Si vous voulez tout savoir sur le communisme, un seul ouvrage: Le Livre Noir du Communisme.