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L’alcool tue

Les bouteilles de vins et alcools seront désormais obligatoirement étiquetées pour mettre en garde les femmes enceintes.

Voilà encore une marque de la sinistre progression de ce qu’il faut bien appeler le fascisme sanitaire dans notre pays.

Cette obsession de nos gouvernants pour la santé de leurs sujets est une marque de mépris incroyable à l’égard des individus: c’est dire que les femmes enceintes ne savent pas, alors qu’on le leur rabâche tout au long de leur grossesse, que l’alcool est nuisible. C’est penser également qu’il suffit d’une petite inscription sur une bouteille pour que les gens changent de comportement, alors que l’alcoolisme est une phénomène beaucoup plus profond, qui ne peut disparaître que grâce au progrès intellectuel et social des personnes concernées, progrès qui n’est possible que si on laisse aux gens la possibilité de se prendre en main, d’être indépendants, responsables et fiers de leurs vies. Or que fait l’Etat ? Il entretient les gens dans la dépendance, dans la misère morale et intellectuelle, en subventionnant l’inactivité et en récompensant l’incompétence, c’est-à-dire en entretenant les conditions propices à l’alcoolisme.

Le fascisme sanitaire est la forme moderne de la tyrannie, le fameux principe de précaution. Il faut donc s’attendre à ce qu’il progresse encore et encore.
L’extension est théoriquement infinie, puisque toute activité humaine, par définition risquée, peut faire l’objet d’une mise en garde, ou d’une interdiction : les voitures pourraient être recouvertes d’étiquettes du style « Conduire tue », les rues pourraient arborer des panneaux indicateurs « Traverser la rue tue », les escaliers de votre immeuble : « Descendre les escaliers tue », et les ascenseurs : « L’ascenseur tue » ! Tout le secteur industriel, alimentaire, mais également le secteur tertiaire peuvent y passer. « Travailler en usine tue » (pensez aux accidents du travail) ou tout simplement « Travailler tue ». « Voyager tue » (pensez aux accidents d’avion), mais « Ne pas bouger tue » aussi (pensez aux complications consécutives à certaines phlébites). « Boire de l’eau tue » (combien de gens boivent de l’eau putride dans les pays du tiers-monde ?), mais « Ne pas boire d’eau tue ». « Faire l’amour tue » (le Sida !) mais « Ne pas faire l’amour tue » aussi (les violeurs ne sont-ils pas des frustrés ?).

Bref, il faudrait tatouer sur chaque nouveau né l’étiquette fondamentale qui sous-tend toute la morale du pouvoir politique : « Vivre tue ».

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. C’est bien la vie dans son intégralité qu’il convient de condamner, car la vie est une succession d’actes risqués par définition, car aux conséquences irréductiblement incertaines.

Le principe de précaution est un prétexte qui peut servir à paralyser une société toute entière, jusqu’à l’asphyxie, jusqu’à la mort. Il faut le combattre sous toutes ses formes, même anodines, dès qu’il pointe le bout de son nez.