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Finances publiques de France et Art du Mensonge

Eurostat vient de nous apprendre que, pour l’année 2003 (derniers chiffres disponibles), la France est au 13ème rang des 32 pays qui entrent dans son champ statistique. Qu’en penser ? Je n’entrerai pas dans la polémique sur les comparaisons internationales disponibles ou à effectuer – toutes les comparaisons de ce type sont discutables -. Je préfère suivre une démarche purement logique qui explique le rang.

Selon MM. Magnien, Tavernier et Thesmar de l’INSEE (dans « Le recul du PIB par habitant de la France traduit surtout l’imperfection des comparaisons internationales », Economie et Statistiques, n°354, 2002) :
« depuis 1997, la France se situe, selon Eurostat, au 12e rang du palmarès européen pour le PIB par habitant, alors qu’elle occupait la troisième place en 1992. »
Et nos auteurs de dire, finalement dès le titre, ce qu’il faudrait penser de cette évolution, du « recul du PIB par habitant ». Ils expliquent en particulier que:
« Cette contre performance apparente doit être fortement nuancée.
Il est difficile tout d’abord de départager les pays-membres situés au voisinage de la moyenne européenne, situation qui reflète la grande homogénéité de richesse entre les pays européens.
Ensuite, la richesse par habitant résulte de la correction de la productivité horaire par la durée effective du travail, par le taux de chômage et par le taux d’activité : la productivité des actifs occupés situe la France en 1999 dans le peloton de tête (au 4e rang).
C’est un chômage plus élevé et un taux d’activité plus faible qui contrebalancent cet avantage et lui font perdre six places.
Enfin, la prise en compte par Eurostat des différences de prix d’un pays à l’autre (en les corrigeant par les parités de pouvoir d’achat (PPA)) tend à réduire les écarts de richesse et fait reculer la France d’une place supplémentaire.
L’imprécision de l’estimation des PIB en niveau ajoute encore au flou du classement. »

J’ajouterai, pour ma part, qu’en 1995, la France, ex aequo avec l’Italie, était au 11è rang et en décembre 2004, Eurostat nous apprend que, pour l’année 2003 (derniers chiffres disponibles), la France est au 13ème rang. Le recul en forme de dégringolade semble donc se poursuivre et rien ne semble pouvoir l’arrêter, malgré ce qu’ont suggéré nos auteurs. Mais je n’entrerai donc pas dans la polémique sur les comparaisons internationales disponibles ou à effectuer – toutes les comparaisons de ce type sont discutables -. Je préfère suivre une démarche purement logique qui explique le phénomène.

I. L’endettement public a continûment augmenté en France dans la période des années 1974-2004.
En 1974, la dette publique se montait à 13% du PIB, en 2004, elle s’élève à 65,6% du PIB. En trente ans, la dette publique a donc été multipliée par près de cinq, sans que la France ait connu des catastrophes majeures. C’est considérable, sans précédent dans l’histoire.
Pourquoi prendre l’année 1974 comme référence ? Raison principale: c’est la dernière année où les comptes publics ont été en équilibre et, si on en croît les commentateurs (par exemple l’O.F.C.E.), la dette publique n’avait pas connu un niveau aussi bas depuis le début du XIXè siècle (décennie 1810). Les autres raisons se trouvent dans l’apparition du couple infernal (Giscard-Chirac) au premier plan du marché politique, et selon des commentateurs, la réglementation croissante du marché du travail de France (J. Rueff), la disparition du système monétaire international créé en 1944-45, l’augmentation du prix du pétrole, la mondialisation (M. Allais).

II. Les trois causes principales de l’endettement public croissant.
Dans cette période et malgré les apparences, les présidents de la Vè République (Giscard, puis Mitterrand et enfin Chirac) ont pratiqué la même politique à quelques nuances près (respectivement « libéralisme avancé », « socialisme aux couleurs de la France » et « travaillisme à la française »…). Les premiers ministres et leur gouvernement, l’ont appliquée, à quelques nuances près. Et les majorités parlementaires successives les ont votées, à quelques nuances près.
Quelle politique ? Tout simplement, « la politique du plein emploi » par les dépenses publiques (dont le déficit public est un élément fondamental), politique qu’ils ont d’ailleurs décidé de faire entrer dans le projet de traité de constitution européenne qu’ils soumettent à referendum le 29 mai prochain !
Cette politique chérie du marché politique de France repose sur une doctrine économique dont les erreurs ne sont plus à démontrer (Jacques Rueff s’en est chargé dès 1947 et aujourd’hui encore H. Sennholtz : http://www.mises.org/story/1782). Malheureusement, le marché politique de France s’en moque et s’y accroche.
Il reste que les dépenses publiques doivent être payées, que le déficit public doit être financé par l’épargne présente et que ce rôle échoit au processus de marché financier, lequel n’est plus national depuis longtemps. Le marché politique devrait le respecter et lui dire merci au lieu de le vouer aux gémonies comme il le fait en le mettant dans le sac de ce qu’il dénomme péjorativement « ultra libéralisme ». D’ailleurs, si le marché était resté national, les dépenses publiques seraient impossibles car elles ne pourraient plus être payées toutes choses égales par ailleurs, car le déficit ne pourrait pas être financé puisque le marché politique de France n’a plus la capacité de mener une politique monétaire inflationniste comme il l’a fait dans le passé. Aujourd’hui en effet, 1/3 de la dette publique est détenue par l’étranger. Le jour où le marché financier refusera de prêter, le sort de la France sera scellé.

III. Un premier gros mensonge officiel.
Depuis au moins le début de la décennie 1990, il est admis que les chiffres officiels de la dette publique sous-estiment largement la réalité, en particulier le dernier, pour 2004, à savoir 65,6% du PIB. Par exemple, dans un Rapport économique annuel 1997, la Commission européenne évaluait les engagements publics non comptabilisés, dans une fourchette de l’ordre de 216%-265% du PIB! Pour 2003, le Ministère de l’économie et des finances estimait les engagements au titre des retraites des fonctionnaires de l’Etat, 55% du PIB ! Ce chiffre devrait être ajouté en toute rigueur au chiffre de 65,6%, on obtient alors que la dette publique représenterait 120% du PIB. Dans un rapport du Sénat intitulé « La quadrature du cercle? Débat d’orientation budgétaire pour 2004 », on peut même lire que « en matière de finances publiques, le « compte à rebours » a commencé ».

IV. Le fardeau de la dette publique a lui aussi augmenté continûment, et c’est plus grave.
Plus que l’augmentation de la dette publique, l’augmentation de son « fardeau », i.e. du « service de la dette » – intérêt et amortissement – qu’on peut lire dans le budget de l’Etat, est destructrice. En 1974, ce fardeau représentait 0,9% du PIB alors qu’en 2004, il atteint 2,9 % (47,2 milliards d’euros). En trente ans, il a donc été multiplié par plus de trois. C’est considérable.
Le fardeau a ainsi été supérieur aux recettes 2004 de l’impôt sur les sociétés (44,8 milliards d’euros) ! En d’autres termes, tout se passe comme si une partie de la création de richesses par les entreprises, celle qui est versée en impôt, était purement et simplement engloutie par la politique de l’endettement public des hommes de l’Etat !
Le fardeau de l’endettement public a été aussi supérieur au déficit 2004 de l’Etat (43,9 milliards d’euros). Tout s’est passé comme si les hommes de l’Etat finançaient le fardeau de la dette en émettant de nouvelles dettes… Mais cela, c’est ce qu’on dénommait dans le passé la « cavalerie »… ! Et la cavalerie se termine toujours très mal ! Quant au vrai droit, au droit privé, il l’interdit…

V. Un second gros mensonge officiel
En 1974, le chiffre des prélèvements obligatoires que retient le marché politique et qui inclut impôts et cotisations obligatoires, s’élevait à 40,4% du PIB et en 2004, il s’élève à 43,6%. Faible augmentation dira-t-on… ? Mais les prélèvements obligatoires en question sous-estiment là encore la réalité (de plus de onze points) et, de ce fait, ils constituent un second gros mensonge. Les prélèvements obligatoires véritables, réels, ceux que vous et moi supportons, correspondent aux dépenses publiques qui sont passées de 40,4% du PIB en 1974 à plus de 55% en 2004, près de quinze points d’augmentation…, c’est considérable.

VI. Conclusion.
Etant donné leur importance quantitative, il est logique que le fardeau de la dette publique et le poids des prélèvements obligatoires véritables que vous et moi supportons, l’un augmentant l’autre, aient fait glisser progressivement la France en queue du peloton européen. Ils cachent des gaspillages ou des destructions de richesses qu’on ne retrouverait pas dans les autres pays européens si on les y cherchait.
C’est d’ailleurs le phénomène opposé à ce « phénomène de glissement progressif vers… » qui défierait l’entendement de la personne raisonnable. Comment la France pourrait-elle améliorer sa position avec de tels gaspillages ou destructions de richesses ?
C’est malheureusement à ce type de phénomène opposé qu’en France, depuis 1974, les hommes de l’Etat et le marché politique dans son ensemble – et en particulier « dans ses contrées reculées » que sont les médias – s’efforcent que le « bon peuple » croie.

« Soyez libéraux, soyez socialistes, mais ne soyez pas menteurs » écrivait Jacques Rueff, en 1945, dans L’ordre social , il y a donc soixante ans …
La formule est d’une actualité brûlante. Le jour où le marché financier sera convaincu des mensonges, qu’ils sont trop gros et, pour cette raison, ne prêtera plus ou prêtera alors à des taux d’intérêt élevés, voire exorbitants, au secteur public et, en particulier, à l’Etat, il sera alors trop tard, ceux-ci auront franchi la limite de la crédibilité, la France sera entrée dans une crise ouverte. Et, nous serons dans le bateau…

En 1975, il y a donc trente ans, (et ceci sera publié dans Le Monde, 19 février 1976 sous le titre « La fin de l’ère keynésienne« ), Jacques Rueff écrivait encore au su ou vu du couple infernal Giscard-Chirac:
« … la doctrine du plein emploi … est en train de détruire sous nos yeux ce qui subsiste de la civilisation de l’Occident ».
Sont survenus heureusement, quelques mois plus tard, respectivement, dans l’Etat du Vatican, puis en Angleterre et enfin aux Etats-Unis, Carol Vojtyla, Margaret Thatcher et Ronald Reagan pour sauver la situation.

Mais en France, cela a été de pire en pire. Et Jacques Chirac a été élu président de la République pour la première fois, il y a dix ans, en 1995.
J’ajouterai donc pour conclure: Sortez du ‘Pays des Merveilles’ d’Alice où les socialo-communistes, ancre du marché politique de France, veulent vous faire vivre malgré tout à l’instigation du magicien de Cambridge et de ses prosélytes depuis 1936 … Dénoncez en particulier leur propos sur cette prétendue « politique de plein emploi » qu’ils ont désormais inscrite dans le projet de traité sur la constitution de l’Union européenne soumis à referendum, en France, le 29 mai prochain et qu’ils veulent que vous adoptiez.

Il faut au moins s’opposer avec la plus grande fermeté à cette destruction spécifique du bon entendement des personnes raisonnables si on veut faire disparaître la perspective de la crise.(1)

(1) Addendum : http://blog.georgeslane.fr/category/Finances-publiques