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Un nouveau fromage

Connaissez-vous « L’Institut pour l’éducation financière du public » ? Vraisemblablement non, parce que le fromage est tout récent. Sa création a été annoncée il y a deux jours, jeudi dernier.

Faut-il en connaître quelque chose ? Oui, car ses premiers éléments constitutifs défient l’imagination qu’on peut avoir sur les faits et gestes de la classe politique républicaine en France.

Selon http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?&news=3404973, « Monsieur Philippe Herzog présidera ‘l’Institut pour l’éducation financière du public’ nouvellement créé, a-t-on appris jeudi ».

1. Qui est Monsieur Philippe Herzog ?

Selon http://www.confrontations.org/philippeherzog/biographie/index.php,

Philippe Herzog est président de l’association Confrontations Europe, ancien député européen et ancien professeur des Universités. Il est membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre.
Ancien élève de l’école Polytechnique et de l’ENSAE, agrégé en sciences économiques, ses activités professionnelles et politiques ont été multiples.
Il débute sa vie active comme administrateur à l’INSEE (1964). Comptable national et chargé des budgets économiques, il crée, avec son collègue Gaston Olive, le premier modèle français de prévision économique (Zogol). Son premier livre « Prévisions économiques et comptabilité nationale » (PUF,1968) retrace cette période d’innovation dans le contexte de la planification française.
Il devient professeur d’Université en janvier 1969, et enseigne à Clermont-Ferrand, Vincennes et Amiens ; puis à Paris-X Nanterre de 1973 à 2003.

Il adhère au PCF où il est élu au Comité central (1972) puis au Bureau politique (1979). Il dirige la section économique du PCF et la revue Economie et Politique. Marxiste et keynésien, il est un des auteurs du Programme Commun de la Gauche et milite pour la participation des salariés à la gestion. La section économique, notamment avec l’apport du théoricien Paul Boccara, analyse la crise du capitalisme monopoliste d’Etat et propose de nouveaux critères de gestion.
Membre de la Commission nationale de planification de 1982 à 1988 et du Conseil économique et social de 1984 à 1989, il publie notamment  » L’économie à bras le corps  » (1982,1984) et  » La France peut se ressaisir  » en 1987 (Editions Sociales). Dans les entreprises et dans les régions, il intervient dans les processus de restructurations avec des propositions alternatives et préconise des réformes de structures.
Militant passionné de  » l’Europe autrement « , il est tête de liste du PCF aux élections européennes de 1989.
Après un long combat, il quitte le parti en 1996.
Député européen de 1989 à 1999, puis de 2000 à 2004 (groupe de la Gauche Unitaire Européenne), il a été président de la commission des Relations économiques extérieures, vice-président de la commission économique et monétaire, et vice-président de la Délégation Europe /Etats-Unis.

Ses rapports les plus importants ont porté sur  » la participation des citoyens et des acteurs sociaux au système institutionnel  » qui a été voté à la grande majorité du Parlement Européen (1996), puis sur  » les services d’intérêt général « (2003-2004), également adopté majoritairement après un combat riche d’enseignements et de prolongements. En 1998, le ministère des Affaires européennes lui a confié une mission sur la promotion du dialogue social européen.
Sa recherche sur la crise de la démocratie représentative et l’invention d’une démocratie participative se traduit par de nouvelles publications comme « Reconstruire un pouvoir politique – gouverner en partenaires » ( La Découverte , 1997). Ses chroniques au Figaro-Economie (1999-2005) ont été très appréciées.
En décembre 1991, il est un des fondateurs de l’association Confrontations visant à la relance du débat public et en prend la présidence. Pluraliste et indépendante, elle travaille au diagnostic sur la mondialisation et les stratégies des réformes en France et en Europe. Devenue Confrontations Europe, l’association a un bureau à Bruxelles et des correspondants dans de nombreux pays. Elle est devenue une école et un foyer d’initiatives estimé et reconnu, très actif dans les institutions européennes. Interface entre la société civile, les entreprises et l’Europe, l’association contribue à former des acteurs européens et à forger une nouvelle perspective pour l’Union. Philippe Herzog est directeur de la revue La Lettre de Confrontations Europe qui est diffusée à 28 000 exemplaires. Il est également membre du Club Vauban et a été membre de la commission Pébereau sur la Dette publique. Il participe également au Conseil d’orientation stratégique de la RATP.
Philippe Herzog est l’auteur de très nombreux articles et ouvrages. Son dernier livre « Le bonheur du voyage – Ethique, action, projets pour relancer l’Europe « , traduit en anglais, sort mars 2006 aux Editions Le Manuscrit.
Philippe Herzog est décoré des Palmes académiques, de l’Ordre National du Mérite et de la Légion d’honneur.

Vous aurez remarqué au passage, et entre autres, cher lecteur de La Page Libérale, les compétences affichées de Monsieur Herzog dans le domaine de la finance – en particulier ses travaux théoriques pour comprendre l’évolution remarquable de la finance ces quinze dernières années – et dans l’enseignement et la compréhension de la finance. Voilà un homme qui était prédestiné pour recevoir la présidence d’un tel fromage (1).

2. Pourquoi ce nouveau fromage de la République ?

Un groupe de travail AMF (autorité des marchés financiers) sur l’éducation des épargnants avait été constitué il y a quelques mois. Selon http://www.amf-france.org/documents/general/6078_1.pdf, le groupe était présidé par Jean-Claude Mothié et Claire Favre, membres de l’AMF et composé d’une vingtaine de représentants issus des institutions suivantes :
– Assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie (ACFCI),
– Association française des entreprises d’investissement (AFEI),
– Association française de la gestion financière (AFG),
– Association pour la promotion de l’actionnariat individuel (APAI),
– Autorité des marchés financiers (AMF),
– Banque de France,
– Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP),
– Comité Consultatif du Secteur Financier (CCSF),
– Comité d’investisseurs particuliers,
– Euronext – L’Ecole de la Bourse,
– Fédération des associations indépendantes de défense des épargnants pour la retraite (FAIDER),
– Fédération française des associations d’actionnaires salariés et anciens salariés (FAS),
– Fédération bancaire française (FBF),
– Fédération française des clubs d’investissement (FFCI),
– Fédération française des sociétés d’assurance (FFSA),
– CLIFF (Cercle de liaison des informateurs financiers français),
– Institut national de la consommation (INC),
– Jean Pierre Gaillard (journaliste),
– Ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, Ministère de l’éducation nationale,
– Ministère du travail,
– Paris Europlace,
– Société française des analystes financiers (SFAF).

Le groupe avait recommandé il y a un an, en mai 2005, la création d’un institut indépendant en charge de la promotion et de la formation économique et financière des Français.
Sept mois après sa première réunion, le « groupe de travail sur l’éducation des épargnants » avait en effet remis à Michel Prada, président de l’AMF, son rapport « Pour l’éducation économique et financière des épargnants ».

On peut lire dans le communiqué de presse (lien donné ci-dessus) informant de la recommandation que:

« 

Le groupe a constaté que si les Français sont incités à développer leur épargne longue, leur éducation en matière de produits financiers est aujourd’hui insuffisante pour leur permettre de faire face sereinement à leurs responsabilités. L’offre existante de formation et d’information est certes significative, mais elle est peu adaptée au besoin massif, souvent inexprimé, par des épargnants qui n’ont pas encore de démarche proactive dans ce domaine. Aussi, le groupe de travail estime-t-il nécessaire de définir une politique globale en faveur du développement de la culture économique et financière des Français.
Cette politique doit viser à donner à chacun les éléments d’information de base pour faire ses choix d’épargne en connaissance de cause. Il s’agit d’un changement d’échelle de l’éducation des épargnants, qui doit utiliser tous leurs points de passage successifs, de l’école à l’agence bancaire en passant par le lieu de travail.
A cette fin, le groupe de travail recommande la création d’un institut indépendant dédié à cette mission, dont les axes d’intervention seraient les suivants :
– élaborer et organiser des campagnes d’information du public à grande échelle en mobilisant les
médias et les réseaux de distribution,
– promouvoir, orienter et fédérer les formations existantes à destination du grand public,
– concevoir des vecteurs plus spécifiques sur quelques domaines prioritaires : actions à destination des jeunes avec le Ministère de l’Éducation nationale, actions à destination des salariés avec le Ministère du Travail, actions à destination des clients/épargnants avec les organismes professionnels de l’industrie financière.

« L’institut devrait agir selon les principes fondamentaux suivants :
– garantir l’objectivité et la neutralité des actions menées,
– s’adresser de façon adaptée à tous les publics,
– fédérer les énergies et faire jouer l’effet de levier entre les acteurs,
– respecter la libre concurrence entre les prestataires.
Cet institut devrait rassembler tous les partenaires publics ou privés déjà actifs dans l’information et la
formation des épargnants :
– les pouvoirs publics au premier rang desquels l’AMF et les autres autorités en charge de la
régulation financière,
– les associations professionnelles des métiers financiers,
– les associations d’épargnants, d’actionnaires individuels et de salariés actionnaires,
– l’ensemble des acteurs de la place souhaitant s’investir de façon significative dans ces missions (entreprise de marché, réseaux bancaires, entreprises, etc.).

Compte tenu de l’envergure potentielle des missions de l’institut, celui-ci devra disposer d’un budget en adéquation avec ses besoins et son programme d’action. A cet égard, le groupe de travail a retenu plusieurs sources de financement complémentaires :
– contributions initiales des membres fondateurs ,
– partenariats avec les acteurs du secteur privé,
– mobilisation de financements européens dans le cadre d’appels à projets,
– dotation budgétaire de l’Etat et subventions publiques locales. Le groupe de travail estime notamment souhaitable qu’une partie significative du produit des sanctions prononcées par l’AMF soit affectée au budget de l’institut.

Le groupe de travail recommande enfin qu’un calendrier rapide de mise en place de l’institut soit adopté par les pouvoirs publics.
La question de la partie publique de son financement devrait en particulier être traitée dans les meilleurs délais, à l’occasion des projets de loi en préparation, en sorte que l’organisation soit effective avant la fin 2005. »

Tout cela est merveilleux, non ?

3. « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ».

Le fromage est donc prêt, mais à combien va se monter « la partie publique de son financement » ? On ne sait.
« Une partie significative du produit des sanctions prononcées par l’AMF » va-t-elle être vraiment « affectée au budget de l’institut » ? On ne sait.
Mais, ont dit certains, l’Etat de France est trop riche pour ne pas écouter de telles sirènes !

Non vraiment, la France est véritablement, désormais, le pays d’Alice, celui des Merveilles ! La réalité dépasse la fiction.

Mais tout cela pourra-t-il se bien terminer un jour ?

(1) Autres fromages récents dont a parlé La Page Libérale :
* la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité – Halde – (cf. http://www.pageliberale.org/billet.php?niw=1422)
* la Haute Autorité de Santé (cf. http://www.pageliberale.org/billet.php?niw=1308)