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La recette du pouvoir

« Novus Ordo Seclorum. one dollar bill, reverse”


Noël approche.


Le monde des religions, des contes et légendes, le monde des mythes, est un monde cyclique : grands cycles, petits cycles. Noël est la fête du cycle annuel, la renaissance du soleil invincible. Aussi vieille que l’histoire connue de l’humanité et sans doute bien davantage, cette fête se retrouve dans les religions anciennes et récentes, de presque toutes les cultures. Et pour cause : si au lieu de remonter vers le nord après avoir touché son point bas au solstice d’hiver, le soleil poursuivait son agonie hivernale, l’humanité disparaîtrait bien vite. Le soleil est notre sauveur, et il le prouve encore à l’équinoxe de Printemps lorsqu’il l’emporte sur les ténèbres pour toujours…jusqu’à l’équinoxe suivant. Cycle journalier, aussi : chaque soir le soleil meurt et visite l’au-delà. Chaque matin il ressuscite, nul ne l’ignore. Et c’est bien à cette résurrection que nous devons la vie. La mort et la résurrection du soleil, tels sont les fondements essentiels de tous les mythes humains. Ce sacrifice du soleil de Dieu et sa victoire sur les ténèbres, Egyptiens, Indiens, Celtes et Grecs, pour ne citer qu’eux, les ont ritualisés et perpétués pendant des millénaires, et à leur suite tout l’occident chrétien jusqu’à aujourd’hui.


Notre culture, nos mentalités sont imprégnées de l’idéologie du sacrifice, déclinée sous mille facettes durant des siècles sous le nom de « Christianisme ». Que le mot « Dieu » ait récemment disparu ne change rien à l’affaire, (de même que la disparition des allusions directes au soleil en leur temps): le sacrifice pour la conquête de l’au-delà s’est métamorphosé en sacrifice pour la victoire contre la classe des « nantis », ou pour les « générations futures ». Car le salut, dans la pensée magique, ne peut provenir que du sacrifice. Peu nombreux sont ceux qui ont saisi l’enjeu de l’idéologie du sacrifice, « l’altruisme sacrificiel » comme l’appelait Ayn Rand. Et pourtant cet enjeu est de taille. Car la fameuse bête immonde, au nom de laquelle l’individu perd ses droit au profit d’une abstraction collective, au nom de laquelle tout est permis, au nom de laquelle on tue et on opprime, n’est autre que l’idéologie du sacrifice. Chacun a remarqué l’énergie qu’on dépense à nous convaincre que le bien, c’est ce qui est bien pour les autres, et non pour nous-mêmes. Et que les autres, c’est tout le monde en général excepté nous : c’est la « société », ce sont les gens d’une autre « couleur », du sexe opposé, ce sont d’abstraites « générations futures », ou Dieu bien entendu, ce « fantôme dans le Ciel ». Il est même demandé de se sacrifier à des objets et à des concepts : pour la « Planète », pour l’ « environnement » et même pour des animaux. Voilà l’Alpha et l’Oméga de la morale officielle dans laquelle nous baignons, comme un fœtus dans le formol.


Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Il y a au moins cinq mille ans qu’on nous demande de nous sacrifier…avec les résultats que l’on sait. Il est important de s’en souvenir, et pour cela, remonter le fil de l’évolution de la doctrine du sacrifice. Elle prend racine, comme nous l’avons vu, dans la cosmogonie solaire, fondement et matière des religions antiques. Ces religions antiques ont intégralement nourri le christianisme qui les a supplantées, tout en transportant leur substance jusqu’aux temps modernes. Enfin, une étude attentive de la philosophie politique nous apprend que le Socialisme n’est rien d’autre qu’un Christianisme dépouillé du mot « Dieu ». De quoi il faut donc déduire que le Socialisme n’est qu’un énième recyclage du vieux mythe solaire. C’est là l’origine de la croyance persistante dans l’efficacité de l’incantation, rebaptisée de nos jours « solidarité ». C’est là encore la racine de la doctrine d’après laquelle la production n’existe pas, et que seule se pose la question de la (re)distribution : on la comprend facilement à la lumière de la cosmogonie antique, dans laquelle c’est le soleil qui produit tout, par un don de lui-même: les feuilles sur les arbres, les blés dans les champs. Dans ces conditions, il est hors de propos de se prétendre propriétaire de quoi que ce soit, sauf à insulter les dieux, c’est-à-dire se comporter en individualiste.


Si l’on déroule le fil ancestral de la cosmogonie solaire et zodiacale, on comprend clairement les accusations ressassées contre l’homme moderne. Ce sont tout simplement les mêmes qu’il y a cinq mille ans : avec sa technologie, l’homme trouble l’ordre cosmique. L’exemple le plus populaire est celui du feu et du mythe de Prométhée. Il n’y a rien de différend dans l’anathème qu’on lui jette pour avoir construit des machines, et des machines volantes encore !


Voici le sermon qu’on adresse à l’homme moderne, sermon qui ressemble à s’y méprendre à de vieilles histoires plusieurs fois millénaires.

« Homme, tu as voulu t’élever au rang des dieux. Tu as commencé dès l’origine, en faisant usage de cet objet abominable : ta raison. Ce fut ton péché originel. Car tu le sais, depuis le début tout est écrit (cycle oblige).

En faisant usage de ta raison, tu as voulu percer les mystères de l’univers, orgueilleux ! Tu as voulu créer, sacrilège ! Machines à laver, avions, ordinateurs, centrales nucléaires, automobiles et chauffage central, autant de monstres mécaniques singeant la nature et troublant l’ordre divin. Tu as troublé trois des éléments composant l’univers et tu seras puni par le quatrième: tu as souillé l’Eau des fleuves et des océans, l’Air du ciel, et jusqu’à la Terre elle-même. Le châtiment est connu, c’est le Feu éternel. Tous les livres sacrés te le disent depuis des millénaires, ô homme imprudent. N’as-tu pas lu l’Apocalyspe ? Ne redoutes-tu pas le feu du Ciel ? Dernier d’une interminable série de prêtres et de prophètes, Al Gore s’est levé pour te le rappeler : c’est la fournaise qui t’attend, et c’est à ton individualisme, à ton égoïsme que tu la dois.

Est-il trop tard ? Oui, bien sûr, il est trop tard. Depuis longtemps, depuis toujours. C’était écrit : l’homme est pervers et vicieux, quoiqu’il ait été créé pur et sans tâche. Les conséquences sont consignées dans les vieux livres : tempêtes, incendies, désolations ; aridité par ici, inondations par là. Tout est dans Saint-Jean, avec les détails ! L’ordre cosmique est bouleversé. Les saisons, champ réservé de l’empire du soleil, tu les a détruites, ô homme égoïste et avide ! Mais le feu ne tardera plus. Puisqu’on te le dit !


Alors, que faire ? La réponse, tu la connais, homme pêcheur : voilà cinq mille ans qu’on te la susurre, qu’on te l’administre, qu’on te l’enfonce dans le crâne et dans les veines : le sacrifice !


Renonce à ton individualisme, communie dans la solidarité. Renonce au profit et aux richesses, préfère la pauvreté et la décroissance (tu es né poussière et tu retourneras à la poussière). Renonce à façonner la nature, car c’est là le domaine du dieu Soleil, qui seul a pouvoir de vie et de mort sur elle. Préfère le recyclage, à l’image des dogmes éternels.

Renonce à cet apanage de Satan, la division dans l’opinion (à propos du réchauffement climatique, par exemple) et dans le mode de vie. Renonce à penser par toi-même : fusionne dans la masse, car le consensus est la vérité, relayée pour ton bien par les grands prêtres de l’audiovisuel et de la politique, de la même manière qu’ils la relayent depuis cinq mille ans. Renonce à ta raison, et ouvre ton cœur à la foi –bien aveugle, si possible. Abandonne le raisonnement et entre dans le domaine du symbole, car c’est celui des dieux. Ne trouve pas absurde, par exemple, qu’au nom de la lutte contre le CO2, on te demande de couper ton électricité pendant 5 minutes, alors que les groupes électrogènes nécessaires à la remise en route du circuit dégagent massivement du CO2 : c’est le symbole qui compte, pour le reste les dieux et leurs prêtres s’en occupent. Ne t’offusque pas non plus de ce qu’Al Gore dans son palais consomme à lui tout seul trente fois plus d’énergie que toi, ni de ce que Nicolas Culot émette joyeusement du CO2 du haut de son hélicoptère : ces prêtres ont des exemptions délivrées par les dieux. Renonce à ton confort, aux avancées de la science durement réalisées par tes pères. Renonce à ton bonheur sur cette Terre. Renonce à toi-même car tu es un immondice (un « virus » ou un « cancer » selon les grands prêtres).


Alors, et alors seulement, tu pourras peut-être infléchir les dieux. Tu retrouveras l’âge d’or si bien décrit par Platon, celui d’avant la corruption, celui auquel tu penses – car tu as été formé à penser cela- , lorsque tu dis : « Autrefois, il n’y avait pas tous ces OGM, toute cette pollution, toutes ces voitures, et on n’était pas plus malheureux ». Ou encore : « C’est vrai qu’il n’y a plus de saisons : regardez comme il pleut ! En plein mois de juillet ! » « .


Ah ! Autrefois, c’était mieux….comme on dit depuis cinq mille ans . L’homme détruit la nature… comme on dit depuis cinq mille ans . C’est son individualisme qui le perdra…comme on dit depuis cinq millenaires . L’homme doit renoncer à son mode de vie…comme on dit depuis cinq mille ans . Le feu sera sa punition…comme on dit depuis cinq mille ans .


Devant cette histoire intemporelle qu’on nous raconte pour la millième fois, la question se pose: qui propage ces mythes ? Y a-t-il encore aujourd’hui des hommes partageant des savoirs ancestraux remontant aux égyptiens et à leurs pyramides, fondés sur des symboles de la vieille cosmogonie, des symboles au service du pouvoir ? Des hommes haut placés qui occuperaient les arcanes de ce pouvoir, tiens, à l’ONU, par exemple, ce holding du GIEC ? Et qui propageraient les vieux mythes sans cesse adaptés et recyclés avec lesquels leurs précédesseurs ont si efficacement asservi le monde entier pendant cinq mille ans, afin de jouir grandement de ses richesses pendant que les autres, esclaves naïfs, se serraient la ceinture pour les servir, au nom du sacrifice ?


Que nos ancêtres aient pu se laisser berner par des contes pendant des millénaires, c’est bien possible, mais nous ! Il parait que nous avons grandi et que nos yeux modernes se sont ouverts sur les mécanismes implacables du pouvoir. Pour ma part, je n’en suis pas si sûr.