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Les causes de l’endettement public croissant.

Il est de plus en plus question en ce moment de l’endettement public croissant de l’Etat et, plus généralement, de l’économie publique (« économie publique » par opposition à l' »économie privée » qui ne résulte pas du privilège d’employer la force violente sur autrui, mais seulement de l’application des règles de droit).

Quelles en sont les causes ? Voici les trois principales.

1. Le marché politique.
Première cause de l’endettement public croissant : les politiques mises en oeuvre par les hommes de l’Etat. On pense à évoquer à juste raison la politique de Mitterrand à partir de 1981, mais il faut aussi parler celle de Giscard qui a pris en 1974 l’endettement public – rapporté au PIB – à son minimum (depuis la décennie 1810). Et il conviendrait de parler de celle de Chirac qui a pris le flambeau de l’augmentation de la dette publique en 1995. Voilà pour les Présidents de la République depuis 1974.

Pour être honnête, il faudrait citer aussi les Premiers ministres et leurs gouvernements (à commencer par Chirac qui a été Premier ministre en 1974-76, pour le redevenir en 1986-88) qui ont tous établi des budgets de l’Etat en déficit comptable. Le déficit comptable de l’Etat n’est jamais rien d’autre – je simplifie – que la vitesse à laquelle croît l’endettement public.

Pour être tout à fait honnête, il faudrait citer enfin les majorités parlementaires qui se sont suivies depuis trente années car si la dette publique a augmenté, c’est à cause des déficits de l’Etat qu’elles ont votées, c’est-à-dire des dépenses comptabilisées de l’Etat qui ont été votées supérieures aux recettes comptabilisées.

2. Les erreurs de la théorie macroéconomique chérie par le marché politique de France.
A la base de ces politiques, ces prises de position et autres votes, il y a, deuxième cause de l’endettement public, le rêve ou, si vous préférez, l’application d’une théorie économique absurde qui fait vivre au Pays des Merveilles d’Alice (Lewis Carroll, 1865). Ce n’est certes pas la théorie de Marx ou les théories marxistes quoique…, mais la théorie macroéconomique officielle, une théorie inspirée de la théorie de Keynes ou plutôt des néo keynésiens néo monétaristes, un type de théorie qui est enseigné à l’ENA et qui est un des fonds de la théorie économique enseignée en France.

Cette théorie voudrait qu’un déficit comptable de l’Etat fût, « mécaniquement », source de création de richesses, de croissance économique, qu’elle résorbât le chômage, instaurât le plein emploi.
Elle voudrait que l’insuffisance supposée des dépenses de l’économie privée, i.e. de vous et moi non contraints, divisées en dépenses de consommation et en dépenses d’investissement, soit cause du chômage. D’où la recette de cuisine macroéconomique: en cas de dépenses du secteur privé jugées insuffisantes par les hommes de l’Etat, les dépenses de l’Etat doivent prendre le relais, celles-ci doivent venir plus que les compenser et ainsi elles seront source de création de richesses, de croissance économique, de réduction du chômage, d’instauration du plein emploi.

Cette théorie macroéconomique qui procède de la magie, comporte des erreurs fondamentales. Les erreurs ont été stigmatisées par, entre autres, Jacques Rueff dès 1947 – la théorie de Keynes date de 1936 -, et elles le sont largement aujourd’hui (en France, par Pascal Salin entre autres). En 1975, Rueff n’hésitait pas à dénommer Keynes le « magicien de Cambridge ».
Loin d’être créateur de richesses, source de croissance économique, de solution au chômage, les dépenses publiques ou le déficit public sont des vecteurs de destruction. Rueff en était arrivé à écrire que le déficit public aboutissait à l’esclavage! C’est d’ailleurs ce que montrent les faits observables de ces trente dernières années et qu’explique la science économique digne de ce nom. Les formes de la destruction transparaissent dans les phénomènes coûteux que nous observons croître et embellir depuis trente ans et que sont chômage, précarité et délocalisation (cf. sur la question du chômage, actes du colloque organisé par l’ALEPS en mars 1996 au Sénat).

3. Le processus de marché financier et les innovations financières.
Pour qu’il y ait endettement public, il faut d’abord que des épargnants acceptent de prêter leur épargne présente en monnaie, difficilement constituée, à l’Etat ou au reste de l’économie publique, que le marché financier soit efficace. Dans le cas contraire, il n’y aura pas endettement public et l’Etat ou l’économie publique devra réduire ses dépenses ou augmenter les impôts, i.e. changer sa politique économique et sociale.

Ensuite, et c’est la troisième cause, l’endettement public a pu augmenter à cause des innovations en matière financière de ces trois dernières décennies. Ce point essentiel est totalement ignoré, soit volontairement, soit involontairement. Sans ces innovations, l’augmentation aurait été limitée depuis longtemps. C’est grâce au marché financier tel que celui-ci a évolué et dans la situation où il se trouve aujourd’hui que l’Etat peut emprunter les sommes considérables dont il a besoin, à des conditions de taux d’intérêt favorables. Il faut savoir que les progrès réalisés en matière financière ont été considérables sur ces trente dernières années tant sur le plan théorique que sur le plan pratique. Il n’y a plus des marchés financiers nationaux compartimentés susceptibles de contrôle de change, mais un processus de marché financier véritablement mondial.

Il est cocasse d’entendre les propos peu amènes que certains hommes de l’Etat adressent au marché financier alors qu’ils n’en seraient pas là où ils se trouvent si le marché financier n’avait pas connu les progrès qu’il a connus et qu’il continue à connaître.

N’oublions jamais que c’est sous l’influence du marché financier (en l’espèce, les princes d’Arabie saoudite prêts à prêter, puis le FMI) qu’il y a vingt ans, la France a été sauvée en partie de la politique désastreuse de Mitterrand, de Maurois et de son gouvernement (au nombre des ministres, J. Delors, ministre de l’économie et des finances): ceux-ci ont du atténuer leur politique socialo-communiste pour que le marché financier continue à prêter, à financer le déficit public. Et, finalement, en 1984, le secrétaire d’Etat au budget, L. Fabius, du gouvernement Maurois remplaça son Premier ministre, P. Maurois, et devint vizir à la place du vizir. La France n’est pas alors tombée en faillite…

Et, aujourd’hui, l’étranger détient plus d’un tiers de la dette publique dite « négociable » (35% fin 2003, chiffres officiels).

Il reste que le ministère des finances a constitué ces dernières années tout un département spécialisé en relation étroite avec le processus de marché financier, c’est l’Agence France Trésor.
Parmi les innovations importantes en France pour le « financement du déficit »:
– les OAT à la fin de la décennie 1980 pour ne pas parler de la création du MATIF ;
– les OATi (« i » pour indexé) à la fin de la décennie 1990 pour ne pas parler de la création de EURONEXT et de la fixation de son siège social à Bruxelles ;
– très récemment, en 2005, il y a eu la création de l’OAT à 50 ans:
« LA NOUVELLE FRONTIÈRE DU MARCHÉ DE TAUX EN EURO (18 février 2005).
Constatant l’intérêt croissant des investisseurs pour les placements à très long terme, l’Agence France Trésor avait demandé, le 3 février dernier, à plusieurs banques SVT de mener une étude auprès des investisseurs français et étrangers, afin d’examiner l’opportunité d’une émission d’une OAT à maturité très longue.
A l’issue de cette étude et au vu des résultats très positifs, l’AFT a décidé de procéder à l’émission d’une OAT nominale en euros avec une maturité de 50 ans, l’OAT 2055. Cette émission se fera par syndication, dans la semaine du 21 février, si les conditions de marché le permettent.
Le syndicat est composé des 21 SVT.
Chefs de file : Barclays Capital, BNP-Paribas, Deutsche Bank et HSBC – CCF.
Co-chefs de file distingués : CSFB, IXIS CIB et JP Morgan.
Bertrand de Mazières, directeur général de l’AFT, indique que « en créant une OAT à 50 ans, nous ouvrons une nouvelle frontière sur le marché des taux en euros. La demande existe de manière structurelle et ce marché va prendre toute sa place. »
Benoit Coeuré, directeur général adjoint de l’AFT, souligne que « cette nouvelle OAT s’inscrira dans le programme de financement de l’Etat, au même titre que les autres obligations d’Etat et bénéficiera des mêmes atouts de transparence et de liquidité ».
Et c’est parti.

Bref.
Quand le Président de la République en exercice parle d’instaurer une taxe sur certaines transactions financières, j’ose le dire, soit il ne sait pas de quoi il parle – il n’a pas conscience de ce dont il parle -, soit il se moque de vous et moi.

J’ai fait mon choix et la lecture du vôtre sera la bienvenue.