Les morts statistiques

Les statistiques tuent. La preuve a été une nouvelle fois donnée par des experts qui ont comptabilisé les morts causées par l’émission des gaz à effet de serre. Seul le ridicule ne tue pas, semble-t-il. A propos de l’ordre social engendré par la liberté, Hayek a averti dans « la Présomption fatale » tous ceux qui désirent contrôler la société: « Détruire ses fondations matérielles afin d’atteindre les améliorations « Ã©thiques » ou instinctivement gratifiantes défendues par les socialistes équivaudrait à accepter la mort de milliards d’hommes et l’appauvrissement de tous les autres » (Hayek, La présomption fatale, PUF libre-échange, p.165).
Il faut en effet se mettre dans la tête que la prospérité générale engendrée par le capitalisme a permis à une population humaine de s’accroître et de vivre sans le risque de la famine. Une masse de gens n’existerait tout simplement pas sans la croissance économique capitaliste.

Que dire alors de la comptabilité tendancieuse, à sens unique, de ces hygiénistes qui prétendent que « La réduction des émissions de gaz à effet de serre permettrait d’éviter à des millions de personnes dans le monde de tomber malades ou de mourir » (Le Monde du 17 août) . En effet, les gaz à effet de serre sont aussi nocifs lorsqu’on les respire. Ainsi, voilà un argument de plus pour contrôler, à l’échelle planétaire, par des réglementations étatiques donc par la force, l’émission des gaz à effet de serre et par conséquent pour contrôler l’économie, imposer aux hommes un comportement plus « rationnel », et cela bien évidemment pour… »la survie de l’humanité ».

Loin de nous l’intention de nier le fait qu’un air plus pur, un portefeuille plus garni, pouvoir se déplacer dans les airs par le seul moteur de la volonté (qui ne pollue pas, quoique…), diminuerait grandement le nombre de morts et de malades. Si je ne sors pas de chez moi je ne risque pas de mourir dans un accident de la circulation. Si je ne copule pas, je ne risque pas de donner naissance à un être qui entrera plus tard dans une catégorie statistique justifiant une intervention étatique. « L’équipe internationale de cinq chercheurs souligne « que l’adoption de technologies de réduction des gaz à effet de serre permettrait (…) d’éviter quelque 64 000 décès prématurés, 65 000 cas de bronchite chronique et 37 millions de journées de travail perdues ou d’activité restreinte dans ces quatre villes seules d’ici 2020 », lit-on dans le même article. Non, mais qu’est-ce que c’est que ce raisonnement digne des plus grands penseurs de la planification soviétique ? Ainsi, il suffirait d’imposer, sans évaluer les coûts (financiers et humains), une certaine technologie pour gagner des millions de vies ? Mais qui oserait donc s’opposer à une mesure aussi cruciale pour « la survie de l’humanité » ? Voilà pourtant l’exemple type du raisonnement technocratique complice d’un accroissement permanent du pouvoir politique. On met en avant les bénéfices supposés d’une mesure coercitive et on passe sous silence les coûts de la mesure. Et les coûts sont toujours ceux d’une mesure étatique: des effets pervers souvent difficiles à percevoir et qui se retournent contre les objectifs de la mesure prise. Parmi les effets pervers bien connus mais dont se fichent éperdument les « constructivistes » il y a l’alourdissement brutal du coût de la production pour une industrie à un endroit. Le résultat est le déplacement artificiel brutal des capitaux, des investissements, ou la dévalorisation pure et simple de ces capitaux, avec pour corollaire l’appauvrissement de la population locale.

Le problème de ces statistiques réside aussi dans une définition objective de la pollution. Or la pollution est purement subjective. Si je préfère habiter près d’une autoroute, subissant le bruit et respirant un air de mauvaise qualité, mais en restant proche de mon lieu de travail, nul ne peut dire à ma place que l’air que je respire est pollué. Il n’y a pas de pollution pour moi. De même, si je préfère m’installer dans une ville où je risque d’aggraver mon angine chronique mais en obtenant un travail très rémunérateur, il n’ y a pas de pollution pour moi. Ce que ces hygiénistes escamotent purement et simplement c’est que la vie est un choix permanent et que ce sont les préférences exprimées dans les actes qui permettent de donner un sens à des concepts comme celui de « pollution » ou de « satisfaction ». Pour les gens les plus pauvres le choix se réduira parfois à préférer un air peu compatible avec une bonne santé plutôt que la mort ou une misère encore plus sordide. Alors évidemment, si des politiciens, appuyés sur les avis des experts et sur une bonne campagne de propagande, prétendent garantir un air moyen de bonne qualité pour tous grâce à une taxe ou à un décret (ce qui revient au même), il y a tout lieu de penser qu’en fait ils manipulent les préférences de gens pour imposer les leurs.

Mais ces « morts statistiques » viennent à l’existence juste à point. D’après le quotidien Le Monde, en lutte permanente pour un monde plus « rationnel »: « La parution de cet article intervient en pleine controverse internationale au sujet du rejet par les États-Unis du protocole de Kyoto qui impose des objectifs chiffrés de réduction de gaz carbonique et autres gaz polluant l’atmosphère à 39 pays industriels. » Il s’agit donc de faire pression sur les États-Unis pour qu’ils acceptent de sacrifier la prospérité de leur économie, comme se sont empressées de le faire les autres classes politiques occidentales ayant bien compris leur intérêt (accroître leur pouvoir, assurer leur survie en tant qu’espèce grâce à un recyclage dans les institutions internationales). N’est-il pas vrai qu’il faut « abolir l’économie », comme disent les gauchistes, et redonner la primauté au politique, pour que prospèrent les collectivistes et disparaissent les hommes libres, incontrôlables ?

Selon ces chercheurs, « pour chaque jour qui passe sans l’adoption de politiques visant à réduire les émissions nocives des centrales utilisant des fuels fossiles, les décès et maladies liées à la pollution de l’air vont augmenter ». Ainsi se termine l’article de l’AFP. Outre l’appel à l’intervention d’un État mondial – tout serait tellement plus simple et rationnel avec un État mondial, on pourrait appliquer très vite des mesures imaginées par des irresponsables et cela sans coûts de transaction – il y a aussi la question de fait. Or un grand économiste, malheureusement disparu, Julian Simon, a démontré par les faits que « la nouvelle étonnante est que le progrès économique des cent dernières années ne s’est pas fait au détriment de la qualité de l’air. Au contraire, la croissance économique a plutôt entraîné une amélioration des conditions de l’environnement naturel. » Et cette conclusion a toujours résisté aux tentatives de réfutations.