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Et une attaque – déguisée – de plus contre les médecins.

Sandrine Blanchard nous apprend dans l’édition de Le Monde du 24.06.06 que 

 » de nombreux médecins spécialistes refusent les bénéficiaires de la CMU. »

Créée par le législateur socialo-communiste de France en 1999, la CMU bénéficierait aujourd’hui à 4,8 millions de personnes disposant de faibles revenus et leur permettrait de ne pas faire d’avance de frais lorsqu’elles consultent.

En passant, je ferai remarquer aux journalistes de Le Monde que, moi, je donne mes sources en toutes lettres et en lien.  Et dans ce qui suit, je vais reprendre des phrases texto de Sandrine Blanchard que je ne hâcherai pas.

 

De quoi s’agit-il ? 

Le Fonds de financement de la couverture-maladie universelle a rendu publique le 22 juin dernier une enquête où 41 % des médecins spécialistes et 39 % des dentistes refusent de recevoir un patient bénéficiant de la CMU.

Même Emile Zola n’a pas eu une imagination maléfique assez féconde pour concevoir de telles situations dans ses nombreux livres.  Au contraire, chaque fois que nécessaire, grâce au colloque singulier entre le médecin et le patient, il a montré qu’il y avait toujours harmonie entre eux, qu’il y avait harmonie toujours renouvelée.

Et Sandrine Blanchard nous informe que « estimant ces comportements « inacceptables » et « contraires au code de déontologie médicale », le ministre de la santé, Xavier Bertrand, a écrit au président du Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM) afin qu’il « sanctionne de tels agissements » et « rappelle au corps médical la nécessité déontologique de refuser toute discrimination à l’égard des bénéficiaires de la CMU ».

Cette phrase du ministre est extraordinaire : « … refuser toute discrimination à l’égard des bénéficiaires de la CMU » !

VOILA L’OXYMORON PAR EXCELLENCE !

Mais c’est « qui » un « bénéficiaire de la CMU », Monsieur le Ministre ?

Ne serait-ce pas un être humain « discriminé » par les hommes de l’Etat, à commencer par vous-même ?

Sur « quelle déontologie » se fonde Monsieur le Ministre pour, d’une part, établir une telle discrimination étatique initiale, de bon aloi à ses yeux puisqu’il ne la stigmatise pas, et, d’autre part, pour dire que les conséquences – prévisibles, mais pas par lui – de cette discrimination, qui ne peuvent qu’être d’autres discriminations et qu’il commence à observer, « ne sont pas acceptables ».

S’il avait esquissé une lecture de Gary Becker – mais Becker, prix Nobel de sciences économiques 1992,  n’est vraisemblablement pas enseigné à l’Ecole Nationale d’administration, ni inscrit dans les auteurs à connaître -, Monsieur le Ministre saurait que, primo, la discrimination étatique est immorale et donc économiquement coûteuse.  Secundo, il saurait que toute discrimination est source d’autres discriminations et, par conséquent, de coûts croissants.

S’agissant de la discrimination privée, il n’y a rien à dire, sinon que c’est la meilleure chose qui soit : tout choix est une discrimination.  Et l’être humain libre ne peut que choisir, c’est-à-dire discriminer.  Interdire à l’être humain de discriminer, c’est lui interdire de choisir, c’est plus généralement, l’interdiction de la démocratie !

Bref, la discrimination étatique , fût-elle « négative » ou « positive » – antienne du parti démocratique des Etats-Unis dont ce dernier vient de sortir – est intolérable car elle est absurde.  Et l’absurdité a pour conséquences d’autres absurdités.  Supprimez l’absurdité initiale, Monsieur le Ministre, et celles qui s’en déduisent et que vous jugez inacceptables disparaîtront sans coup – politique – férir.

 

Un dernier mot.

L’étude a été réalisée à partir de la prétendue « méthode du ‘testing’ » auprès de 215 professionnels de santé installés dans six villes du Val-de-Marne. 

Sandrine Blanchard nous explique que le scénario retenu pour le « testing » a été le suivant.
– Une personne appelait un cabinet médical pour solliciter un rendez-vous en indiquant qu’elle bénéficiait de la CMU.
– Si le médecin refusait de la recevoir en invoquant, par exemple, un agenda rempli, une seconde personne, assuré social « ordinaire », téléphonait à son tour.
– Résultat : 50 % des psychiatres, 44 % des gynécologues, 41 % des pédiatres et 33 % des ophtalmologues ont refusé de prendre en charge un patient en CMU alors qu’ils acceptaient juste après d’accorder un rendez-vous à un patient ordinaire. 
– En revanche, seulement 1,6 % des généralistes ont refusé de recevoir les CMU.

Sandrine Blanchard fait état que des enquêtes plus parcellaires ont été menées par « Médecins du monde » ou l’association de consommateurs « Que choisir » ces dernières années.  Elles avaient déjà montré que certains praticiens libéraux ne respectent pas la loi.

Et Sandrine Blanchard de citer : « Il fallait tirer les choses au clair, cette étude confirme ce que l’on redoutait », souligne Jean-François Chadelat, président du Fonds de financement de la CMU. Même si les chiffres obtenus n’ont « pas de représentativité nationale », l’échantillon « est suffisant pour mesurer l’ampleur du problème », selon lui.

Sandrine Blanchard considère que l’enquête montre que le refus est plus courant parmi les libéraux de secteur 2 (appliquant des dépassements d’honoraires).

A ses yeux, « Les logiques économiques occupent une place évidente dans les causes de refus », indique l’étude.  A cela s’ajoute « une méconnaissance de la loi » et « des préjugés sur les bénéficiaires de la CMU ». Ainsi, prendre en charge un CMU est trop souvent assimilé à une action « charitable », « une assistance pour les pauvres » et non à un droit pour les plus démunis d’accéder aux mêmes types de soins que les autres. « Allez à l’hôpital ou au dispensaire », proposent fréquemment les médecins qui refusent les rendez-vous.

Et Sandrine Blanchard de reprendre une « analyse de l’étude » selon quoi le patient en CMU est perçu comme une personne « qui ne travaille pas » et qui « abuse » du système de protection sociale. « Tout cela relève d’une grande ignorance des problématiques liées à la précarité », estiment les auteurs de l’étude.

Sandrine Blanchard informe qu’à la suite de cette enquête, l' »Ordre des médecins » a décidé d’adresser « un nouveau rappel » aux professionnels de santé sur leurs obligations déontologiques.

Le docteur Jacques Lucas, secrétaire général du CNOM, souligne « qu’aucun conseil départemental de l’ordre n’a été saisi de plaintes de patients en CMU portant sur le refus de soins ».

Si l’Union nationale des médecins spécialistes (Umespe-CSMF) rappelle à ses troupes leur « devoir de solidarité nationale et d’éthique médicale », ce syndicat voit « dans cette évolution récente de refus, la conséquence des problèmes réglementaires et informatiques » liés à la mise en place du nouveau parcours de soins.

Selon Sandrine Blanchard : « faux », rétorque la Caisse Nationale d’Assurance maladie pour qui la récente réforme ne peut « en aucune manière justifier de telles attitudes ».

Sandrine Blanchard ajoute enfin que reconnaissant, pour sa part, que le nouveau parcours de soins « n’a fait qu’aggraver les choses », M. Chadelat souhaite que « les ordres professionnels, les syndicats et les caisses d’assurance-maladie se mettent autour d’une table » afin que les patients en CMU ne soient pas les oubliés de la médecine de ville.

Merci Sandrine Blanchard pour l’information que vous m’avez donnée par le canal de votre journal.